
Oléron Photo Club Saint Georges Forum du club de Photographie de Saint Georges d'Oléron. Ouvert à tous |
|
| | DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" | |
| | Auteur | Message |
|---|
alfa

Messages: 364 Date d'inscription: 27/11/2008 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Mer 11 Fév - 16:11 | |
| On ne vient pas à la photographie ― je parle avec la volonté de s’exprimer au travers de la photographie ― en suivant l’exemple de ce qu’on appelle la photographie de loisir. Je ne dis pas que cette dernière n’existe pas : il se vend chaque année dans le monde plusieurs millions d’appareils photo et ce n’est pas sans conséquences : il faut bien que quelqu’un les utilise, et de ce fait, on produit des milliards de photos. Elles documentent la vie privée de chaque famille, fabriquent des souvenirs personnels, c’est très bien mais en quoi nous concernent-elles ? En rien. Je ne connais aucun « photographe de loisir » qui ait laissé une trace (sauf exception notable, Jacques-Henri Lartigue enfant, parce que sa famille, aisée, a fait relier et a conservé ses albums de jeunesse, et c'est seulement 50 ans plus tard que ses photos ont suscité un intérêt légitime). De temps en temps, dans un livre, on trouve une photographie formidable prise par un de ces photographes, et en légende, on note : « photographie anonyme » C’est la preuve que c’est surtout le hasard qui a été déterminant dans pareil cas. Et même si cette photographie est extraordinaire, elle ne pourra pas être ce qu’on appelle un chef-d’œuvre, car pour qu’il y ait chef-d’ œuvre il faut d’abord qu’il existe une œuvre, ce que la photo de loisir n’a jamais construit.. Faire de la photographie de loisir, c’est promener son appareil. Comme on promène son chien : sans ambition et je pense d’ailleurs que ces promeneurs ne revendiquent rien. En revanche, certaines photographies, parmi ces milliards, sont des œuvres d’art parce qu’elles ont été produites par quelques-uns de ces millions de possesseurs de matériel photo qui sont des artistes. Ce sont eux qui doivent nous guider, ceux qui sont dans les musées, dans les grandes expositions, dans les livres. (Mais pas dans certains magazines qui vivent surtout des photos que leur envoient leurs lecteurs trop ravis d’être « dans le journal ») C’est là que doit résider notre ambition : ils doivent être nos exemples, nos références, nos guides. Leur regard, leur technique, leur lecture de l’espace et du temps, doivent nous inspirer, leur imagination doit nous nourrir et nous permettre de progresser.
J’écris ceci pour définir clairement ma position vis à vis de la Photographie : Je l’écris ici volontairement avec une majuscule, pour la différencier de celle qui est pratiquée avec une minuscule.
Dernière édition par alfa le Ven 27 Fév - 12:24, édité 1 fois |
|  | | Rapha Admin

Messages: 151 Date d'inscription: 26/11/2008 Age: 35 Localisation: Saint pierre d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Sam 14 Fév - 2:47 | |
| C'est un point de vue qui se respecte mais qui n'appartient qu'à toi. A mon avis, la photo n'est qu'un mode d'expression comme les autres. Elle nous permet non pas de voler des âmes mais au contraire de faire parler celle du photographe. Montre-moi ce que tu photogaphies, je te dirai qui tu es. Cela ne me dérange pas qu'il y ait des photographes amateurs (surtout s'ils restent anonymes  ). C'est un petit peu comme la musique. Je connais pas mal de groupes de musique qui valent bien mieux que toutes les grosses daubes qu'on écoute sur la bande FM. Et pourtant ces groupes-çi resteront et veulent rester amateurs. A quoi servent la gloire et la reconnaissance quand on ne sait qu'enfaire ? Pour ma part, avoir des références, des exemples, des guides : ça ne me dit trop rien. Je préfère avoir des envies, des rêves et encore plus des muses. Par contre, pour faire de la Photographie il y a très certainement des règles ou techniques à apprendre, cela je ne le renie pas. Mettre mes baskets aux pieds, mon sac photo à l'épaule et partir "sortir mon appareil" sans même savoir si je vais prendre une seule photo : j'aime bien cela. J'appelle cela des photos de rencontre ... rencontre entre moi (mon être, ce que je ressens) et ce qui m'entoure. C'est très certainement dans ces circonstances qu'on arrive à faire une photo comme celle qui suit ... pas de studio, pas de flash, pas de repérage, une technique simple. Juste le témoignage d'un état d'esprit. En conclusion de tout cela je crois qu'il faut apprendre à connaître les personnes avant de juger leurs photos.  _________________ Pentax K20D Gripé, 50mm f1.4, 80mm f5,6, Bigma, Fish eye, 18-55, 50 200
Dernière édition par Rapha le Lun 16 Fév - 22:47, édité 1 fois |
|  | | alfa

Messages: 364 Date d'inscription: 27/11/2008 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Sam 14 Fév - 13:30 | |
| C'est donc bien ce que je disais : si cette photo te sert d'exemple c'est qu'elle constitue pour toi une référence. Et tu l'as choisie parmi celles d'un très grand photographe. Mais tu te pièges toi-même en illustrant ton propos par cette photographie de Doisneau ! Car c'est là que la culture entre en jeu : si tu penses que c'est en partant sac au dos et nez au vent qu'il a ramené cette photo (devenue depuis mondialement célèbre et cause d'un litige judiciaire dans les années 90 : plusieurs femmes y revendiquaient leur présence et par suite les droits qui s'y rattachaient), tu te trompes fortement : il s'agit de figurants embauchés pour l'occasion. Donc photographie mise en scène, sommairement certes, avec une technique simple et un esprit qui reste celui de Doisneau. Par conséquent, j'insiste, plus on connaît la photographie et son histoire, mieux on peut se situer et se repérer quand on décide de la pratiquer à son tour.
Tu dis à la fin :" En conclusion de tout cela je crois qu'il faut apprendre à connaitre les personnes avant de juger leurs photos." :
Ce n'est pas aussi simple que cela : Les photos ne sont pas "jugées" mais commentées et critiquées (ce qui pour moi est synonyme) avec des arguments toujours issus de la photographie elle-même, et jamais sur le seul critère du goût personnel.
Enfin, même si le fait de connaître le photographe peut parfois aider à comprendre son oeuvre, ce n'est pas toujours indispensable, et même quelquefois parfaitement inutile : certains chefs-d'oeuvres ont été créés par des gens qu'il valait mieux ne pas fréquenter. |
|  | | Flo

Messages: 7 Date d'inscription: 14/02/2009 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Mar 17 Fév - 0:56 | |
| Alain a raison. Si un photographe comme Doisneau a cultivé l'image d'un promeneur qui faisait des photos comme ça au gré de ses promenades, c'est pour cultiver le secret. Lors du procès dont parle Alain, il a été obligé d'apporter les preuves de son travail. Cette photo était l'objet d'une commande pour le magazine américain LIFE. A l'époque, Doisneau qui était photographe pro avait réalisé une série de 5 à 6 photos. Pour celle-ci, il avait recruté une actrice à la sortie d'un cours de théâtre et lui avait donné rendez-vous pour prendre les photos. Doisneau a pris trois photos avec ce couple une devant la mairie et deux autres rue de Rivoli. C'est donc loin d'être une photo volée !
D'autre part quand tu regardes les photos de Doisneau en profondeur, tu verras qu'il arpentait souvent le même territoire de banlieue. Cela lui permettait d'avoir des contacts avec des personnes et de reconnaître les lieux. Parfois, c'est lui qui apportait des objets pour créer la situation photographique dans un lieu choisi bien à l'avance. La frontière dans le reportage entre la photo "posée" et la photo "volée" est parfois bien étroite.
L'image que veut donner le photographe de son travail n'est donc qu'une apparence et le travail préparatoire à la prise de vue est essentiel. On ne me fera pas croire que je vais moissonner des photos de qualité en me promenant avec mon appareil. Surtout aujourd'hui, il est bien délicat de réussir à préserver une scène lorsqu'on prend une photo à une distance proche. Le rapport entre le photographié et le photographe est aujourd'hui faussé. Combien de fois ai-je vu une scène intéressante se stopper net dès que j'ai sorti mon appareil ?
Pour réussir une photographie, il y a malgré tout des règles à connaître. Dans une société d'images comme la nôtre, il n'est pas possible de ne pas avoir de références. Il y a trop de publicités, de films, d'écrans dans notre vie pour ne pas être influencé par quelqu'un. Dans le domaine de la Photographie (avec un P), il y a bien des maîtres, des courants et des conflits. Les ignorer est illusoire. |
|  | | Rapha Admin

Messages: 151 Date d'inscription: 26/11/2008 Age: 35 Localisation: Saint pierre d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Jeu 19 Fév - 1:28 | |
| Je n'ai pas choisi cette photo de Doisneau pour rien. Je vous explique : Nous avons là quelqu'un qui je pense peu faire figure de personne à prendre pour exemple, à suivre, une référence, un artiste en la matière ... Et pourtant dans sa démarche photographique du "Baiser de l'hotel de ville" que cherche t'il à transmettre ? ... selon moi, voici une photographie qui explime bien ce que j'expliquais plus haut. Doisneau cherche à nous donner l'impression que cette photo est volée, prise sur le vif. " L'amour happé au vol sur un trottoir, une jeunesse insolente ..." nous dit philippe Delerm . Un instant de vie, une fraction de seconde de tout les jours. Un chef d'oeuvre de la photographie qui n'est n'y plus n'y moins qu'une reconstitution un instant de vie, d'une fraction de seconde de tous les jours. N'y a t'il rien qui vous interpelle là dedans ? Pourquoi un photographe chercherait il à reconstituer cela ? Etre là au bon moment afin de faire passer une émotion. Cela rejoint Florian en travaillant sur un repérage préalable des lieux. Il faut quand même préciser que mon courant photographique le plus prononcé chez moi est la photo reportage. photo d'art = photo d'expressivité = photo non fabriquée C'est une pensée personnelle Ces photographes n'étaient ils pas là au bon moment ? Certe, je ne pense pas qu'ils partaient en promenade non plus. Malcolm Browne  Kevin Carter  Nick UT  http://www.dataming.com/ilyatoo/objets/oeuvres/zoom%20LES%20BRULES%20AU%20NAPALM%20(VIETNAM%20-%20NICK%20UT).jpg" border="0" alt="" /> Robert Capa  Salgado  Willy Ronis  Ces photos n'ont rien à voir avec Helmut Newton ou Man Ray !!! Et ce n'est pas pour au temps que je n'apprécie pas le travail de la matière de Christophe Bohème par exemple. J'aimerai savoir qui sont pour vous les artistes à suivre, vos guides ? _________________ Pentax K20D Gripé, 50mm f1.4, 80mm f5,6, Bigma, Fish eye, 18-55, 50 200
|
|  | | alfa

Messages: 364 Date d'inscription: 27/11/2008 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Jeu 19 Fév - 17:14 | |
| "photo d'art = photo d'expressivité = photo non fabriquée" J'ai du mal à comprendre cette double égalité quand elle est illustrée par les photos que tu proposes à titre d'exemple :
Aucun de ces photographes ne s'est positionné en tant que "photographe d'art". Simplement des témoins, certains plus engagés que d'autres, et certaines de leurs images sont devenues des icônes de l'histoire moderne (Nick Ut, par exemple, l'auteur de la petite fille fuyant les bombardements au napalm , n'est pratiquement connu que pour cette unique photo).
Ronis était sur son territoire, Nick Ut également. En revanche, la majorité de ces images sont le fruit du travail de reporters de guerre, très mobiles, qui ont un goût particulier pour cette forme d'aventure que constitue la photo sur les lieux de conflit. Le témoignage est leur souci premier. Quand ils sont confrontés à la violence, à la mort, aux catastrophes, l'art est sans doute très éloigné de leurs préoccupations immédiates : Capa, sur la plage où il a débarqué, devait surtout penser à ne pas se faire tuer. Malgré tout, certains d'entre eux ayant des repères artistiques, arrivent à combiner leur témoignage avec des formes picturales de type classique. Elles conduisent le spectateur à retrouver dans leurs photos des symboles familiers : madones, mère à l'enfant, descente de croix, passion du christ, martyrs, qui sont autant de représentations de l'imagerie chrétienne catholique. Et c'est par là que l'idée d'art peut être raccrochée à ce type de photographie que constitue la photo de reportage.
Pour les autres reporters,"les correspondants de paix", quelques-uns d'entre eux ont patiemment transformé une simple technique, une activité avant tout professionnelle, en activité artistique, au fil de leur production : l'art les a rattrapés, et depuis quelques années, le marché de l'art aussi.
Par ailleurs, il existe parallèlement une photographie entièrement préméditée dont le moteur est l'invention, l'imagination, et quand elle est l'oeuvre d'artistes, là également, on est dans le domaine de l'art. Tout cela n'est pas aussi net et tranché qu'on pourrait le croire. |
|  | | alfa

Messages: 364 Date d'inscription: 27/11/2008 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: Réponse à la dernière question de Rapha. Lun 23 Fév - 16:10 | |
| "J'aimerais savoir qui sont pour vous les artistes à suivre, vos guides ?"A cette question qui me conduirait à une longue liste que je ferai peut-être un jour, je réponds aujourd'hui seulement par une image que j'aime particulièrement :  Son auteur est Rudolf KOPPITZ (1884-1936), photographe autrichien. Si quelqu'un parmi vous veut m'offrir l'original... Anecdote : On ne parlait pas encore de photoshop, mais on ne s'interdisait rien non plus qui permette de conduire à une meilleure photo. Vous pouvez donc remarquer comment le 1er pied à gauche est un copier-coller de l'avant dernier à droite; j'espère que ce détail ne vous fera pas oublier le reste de la composition qui est magistrale et vous permettra de vous libérer de tout dogme intégriste. |
|  | | Flo

Messages: 7 Date d'inscription: 14/02/2009 Localisation: Le Château d'Oléron
 | Sujet: Re: DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" Mar 24 Fév - 0:58 | |
| Je ne réponds à Rapha que maintenant car je n'ai pas eu le temps de le faire plus tôt. Tu mets en avant le travail de photoreporter pour opposer deux pratiques photographiques: celle de reportage et celle dite "artistique". Les photos que tu as choisies illustrent souvent un propos dramatique : le désespoir de la lutte des moines bouddhistes, la défaite des républicains espagnols face à Franco, le martyre des enfants au Viêt-Nam, la famine en Afrique,... Dans cette série, seule une image a eu une influence sur le cours de l'Histoire, c'est celle de Nick Ut. Elle a eu pour effet d'accélérer le départ des américains de Saïgon poussés par l'opinion publique américaine. Les autres images n'ont pas changé la vie des populations souffrantes. On peut donc se poser la question de l'efficacité de ce moyen qui consiste à dénoncer la violence par son exhibition. Il y a et il y aura toujours des guerres, des génocides et des famines. Il y a toujours des reporters sur le terrain à Gaza, au Zaïre, en Tchétchénie. La plupart du temps, ils n'arrivent même pas à vivre de leurs photos. Ces photos peuvent aussi être replacées dans leur contexte historique et leur approche esthétique. Je ne te parlerai que de celle de Robert Capa, non pas qu'il n'y ait rien à dire sur les autres mais je ne voudrais pas faire trop long. Cette photo date de 1936, elle représente un républicain espagnol fauché en pleine course par des tireurs franquistes. Le travail de Capa sur la guerre d'Espagne ne peut être dissocié de son engagement militant auprès des brigades internationales. Capa est juif, il arrive de l'Allemagne nazie après un passage à Paris. Il est diplômé de sciences politiques et a choisi de devenir photoreporter. Il ne se contente pas de prendre des photos, il décrit également ce qu'il vit. Là-bas, il témoignait de la lutte qui opposait républicains et fascistes. Cette photo qui fut publiée dès sa prise de vue dans de grands magazines est devenue l'icône de la chute des républicains. Si elle est toujours aussi connue, c'est pour deux raisons. Un, c'est le premier cliché d'un homme tué au combat pris par un photographe qui est à ses côtés. En effet, il y avait déjà eu des photos de combattants fauchés mais souvent pris depuis l'arrière. Ici, pour la première fois, le photographe est devant le combattant. Deux, l'homme tombe les bras en croix. L'image du martyr républicain rejoint ici celle du martyre du Christ. Sur le négatif de Robert Capa, il y avait deux images, c'est celle-ci qui a été choisie et c'est pour cette raison. Si sur le terrain Capa photographiait instinctivement, le choix des photos à publier est réfléchi en fonction de critères artistiques et culturels. Une bonne photo de reportage répond donc à des règles esthétiques également. Si Capa n'avait eu que sa deuxième photo, elle n'aurait pas été publiée. En ce qui concerne ces reporters de guerre, il ne faut pas oublier que leur témoignage se fait au risque de leur vie et nombreux sont ceux qui y restent ou y laissent leur santé mentale. La liste est longue, elle s'allonge tous les ans. A ce propos, tu as remarqué que RSF vendait tous les ans un album pour venir en aide aux journalistes engagés. Quelques mois avant sa mort accidentelle, Helmut Newton avait "donné" ses photos pour un de ces albums. Tu souhaites mettre le travail de reportage en avant pour la vérité de ses photos contrairement à des photos montées en studio. A mon avis une des premières difficultés pour réussir des photos de ce niveau est de choisir un lieu où les événements vont se passer. Le photoreporter doit être là où les événements se passent en ayant de l'avance sur eux. Aujourd'hui encore, seul un reporter qui a du flair et une bonne connaissance de la géopolitique peut réussir un tel exploit. Il devra ensuite se poser la question de son rôle sur le lieu de son reportage : participant ou témoin ? Je m'explique : aujourd'hui, les images sont particulièrement surveillées par les belligérants. Les reporters qui veulent suivre les américains dans les conflits n'ont d'autre choix que d'être embarqués avec une troupe de marines. Ils sont aux côtés des participants avec ce que cela suppose de connivence dans le cadre d'un conflit. De même, quel est le rôle d'un photographe qui est promené dans les rues de Gaza par le Hammas ? Doit-il photographier les mises en scène qui lui sont proposées ? Comment faire la différence entre une vraie situation et une mise en scène ? Le choix fait par les reporters de Paris-Match en Afghanistan cette année me paraît intéressant. Ils ont fait posé les combattants avec leurs prises de guerre. Dans leurs photos, on découvre les ennemis de l'armée française et leur condition de vie. Cette approche est-elle celle de vraies photos ou de montage ? Enfin, pour conclure, tout n'est pas si simple et manichéen, certains photographes de studio sont aussi habiles pour dénoncer les dérives de notre société et la critiquer sans aller sur le terrain. Une des photos qui a eu le plus de retentissement pendant la seconde guerre mondiale est le portrait de Churchill par Yousuf Karsh. Dans le regard du premier ministre anglais, on peut lire la détermination de tout un peuple. C'est aujourd'hui encore une des photos les plus reproduites au monde. Karsh était portraitiste en studio, il a fait poser Churchill pour cette image. Tout l'art de Karsh a été de réussir à faire sortir la volonté de Chuchill dans une photo unique car ce dernier n'avait que quelques minutes de libre entre deux réunions. La photo de Churchill par Yousuf KarshD'autres photographes, plus plasticiens nous interrogent sur les dérives de notre société. A ce titre le travail d'Edouard Levé, est remarquable. Il reconstruit en studio des situations de notre quotidien et en utilisant les codes de la photo de reportage, il en dénonce les dérives ainsi que celle de notre société. En photographie, il existe des courants et les cloisons ne sont pas étanches. Certains photographes changent de style, de techniques, de catégories. Le marché de l'art évolue aussi et un reporter peut finir sa carrière avec le statut d'artiste reconnu. Tu nous posais la question de nos références, nos maîtres. Pour ma part, cela évolue et change souvent. Je suis un photographe de loisirs. Je ne vis pas de mes photos. Je n'ai pas de contraintes alimentaires quand je sors mon appareil. J'ai des sujets très variés : famille, reportage, carte postale, portrait, paysage, recherche personnelle... Le club m'a apporté une réflexion dans l'acte photographique et cela a amélioré mes images. C'est, je crois, l'essentiel. La connaissance de la Photographie m'aide dans les choix que j'ai à faire quand je suis derrière un appareil. Je continue à faire des photographies, sans prétention, mais avec conscience. Si tu veux des noms de photographes de reportage dont le travail fait référence celui de Cartier-Bresson est incontournable. Par ses choix géométriques dans la composition et la définition de l'instant décisif, il est aujourd'hui encore LA référence en matière de reportage sur le vif. Il a pourtant commencé sa carrière en flirtant avec les surréalistes aux côtés de Man Ray. Enfin, je te donne un nom actuel : Guillaume Herbault. Son approche du reportage est originale et sa démarche très respectueuse des personnes photographiées. Deux photos d'Henri Cartier-Bresson  Il y a eu des artistes avant nous, ils relèvent de courants photographiques différents : reportage, portrait, mode, plasticien, publicitaire... Nous devons connaître leur travail, l'analyser, le respecter, cela ne peut que nous amener à améliorer nos photos, en restant à notre niveau : celui d'amateurs, c'est à dire des personnes qui ne vivront ni de la photographie ni de la Photographie.
Dernière édition par Flo le Jeu 26 Fév - 18:04, édité 1 fois |
|  | | | | DEBAT CONTRADICTOIRE : La photo de "loisir" | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|